10 ème séance, samedi 08 décembre, dérober sans contact, affiner le passage de pointe

10ème séance.

La semaine dernière, nous avions commencé à travailler le passage de pointe, en comprendre son utilité et l'attaque par dégagement. Nous allons poursuivre sur cette lancée en complexifiant un peu les choses. La recherche de fer se fera moins large et il faudra maintenant dérober sans contact de fer. Ceci présente une difficulté non négligeable sur le plan du traitement de l'information : il faut passer sa pointe au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard.

Les fondamentaux

La position de la main.

Je ne vais par revenir sur les déplacements, j'en ai déjà parlé les semaines précédentes.

Par contre, nous avons pour la première fois fait les déplacements avec un fleuret en main. Placer sa main dans l'espace, être correctement en garde en sixte n'est pas une chose aisée. Le placement des pieds pose moins de problèmes. Il suffit de donner une image : mettre les pieds en équerre, ou de se servir de repères visuels au sol. Pour la main, c'est plus délicat. Encore une fois, l'escrime est contre nature, on ne tient pas un fleuret comme on saisit un objet quelconque. Pour être couvert en sixte, il faut que les ongles soient vers le dessus mais sans exagération, le pommeau en contact avec le poignet. Pour la position des doigts, je vais cette année introduire une petite astuce pédagogique. Je ne sais pas si cela va marcher, mais en tout cas, cela ne peut pas faire de mal. A l'intérieur de la coquille, j'ai collé un bout de scotch rouge, juste au dessus du pouce, qui part de la poignée et va toucher le bord de la coquille, à la manière d'un rayon de cercle (j'ai mis une photo en fin de page, c'est plus simple pour comprendre). Cela va permettre de donner un repère aux élèves : "imaginez que votre coquille est le cadran d'une horloge et que le trait rouge représente les aiguilles. Lorsque vous vous mettez en garde, ces aiguilles doivent indiquer "14 h 10" pour les droitiers et "10 h moins 10" pour les gauchers." Cela doit avoir pour effet les obliger à tourner légèrement la main vers la droite (pour les droitiers). Le deuxième repère donné est ensuite que le pommeau doit être en contact avec le poignet. Ensuite, je montre à tout le monde, avec l'aide d'un élève, que positionnée ainsi, la main permet de fermer une porte. Si la main est mal placée, comme c'est souvent le cas chez les débutants, je peux entrer par deux endroits (en sixte et en quarte), c'est tout de même mieux de protéger une entrée. Les deux en même temps on ne peut pas, mais une c'est déjà pas mal. Je montre aussi que si la main est bien placée, ma pointe est bien située face à la cible et que n'aurais qu'à allonger le bras pour atteindre mon adversaire. Si ma main est trop à l'intérieur, ma pointe va "sortir" quand je voudrai aller toucher et je vais manquer de précision. Voila tout un tas de bonnes raisons de faire l'effort (car s'en est un) de bien positionner sa main. Je termine en leur disant :"cette position, elle a un nom, c'est SIXTE". Quand vous êtes en sixte, on peut entrer par là (je touche mon élève dans la ligne de quarte) mais pas par là (je montre que la ligne de sixte est fermée et qu'au pire je touche sur le bras). On ne peut vous attaquer que d'un côté, et si c'est le cas, vous savez quoi faire" "fermer la porte, faire une parade." "exactement, votre main devra alors changer de position pour vous défendre, on appellera cette position QUARTE" (les termes seront revus lors d'une prochaine séance, je ne m'étends pas).

Bien sûr, je n'ai pas abordé les attaques en ligne basse. Si cela arrive, (ce qui serait très pertinent) je dis qu'il y existe d'autres positions de main pour se protéger.

Nous faisons donc les déplacements avec le fleuret. Je passe dans le rang et corrige les défauts de main. Si une ligne de sixte n'est pas bien fermée, je glisse ma lame pour montrer que je peux toucher. L'astuce du scotch rouge était plutôt une bonne idée. La prochaine fois, je collerai une pastille rouge symbolisant "midi", en donnant la consigne d'orienter la coquille comme le cadran d'une horloge, le "12" étant situé en haut. De plus, cela sera sans doute plus parlant pour les plus jeunes. C'est normalement à partir du CE1 (Poussin 1) qu'ils commencent à apprendre l'heure, mais ils savent tout de même tous repérer la place de "12 h 00" sur une horloge.

Voici le plan de la séance :

a) Dérober une recherche de fer large sans contact de lame

b) Dérober une recherche de fer beaucoup plus serrée sans contact de lame

c) Effectuer une attaque par contre-dégagement (dérobement d'un changement d'engagement de l'adversaire) sans contact de lame

d) Situation d'opposition sur le thème de l'attaque par dégagement (à titre d'expérimentation: c'est la première fois que je le fais)

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a) Dérober une recherche de fer large sans contact de lame

C'est la reprise de la situation de la semaine dernière que nous avions faite avec contact de fer. Antoine fait une recherche de fer large, que nous avions appelée "arc-en-ciel". Ce coup-ci, la consigne est donnée que celui qui effectue le dérobement ne va pas se laisser attraper. Il doit passer de l'autre côté sans que sa lame ne soit touchée. Je définis bien les critères : 1) passer sous la coquille et non par dessus, 2) le bras ne doit pas bouger, c'est simplement la lame qui peut se déplacer.

Lors de la séance dernière, il fallait dérober au contact. Ils sont maintenant dans de bonnes conditions pour comprendre qu'il va falloir éviter ce contact, c'est à dire passer sa pointe de l'autre côté pile au moment où la lame adverse est sur le point de toucher la sienne. Pas avant, pas après.

Voir video 1

b) Dérober une recherche de fer beaucoup plus serrée sans contact de lame

Il s'agit en fait d'un contre-dégagement, tout ce qu'il y a de plus classique. C'est un outil intéressant pour travailler le doigté, autant pour celui qui recherche le fer que celui qui dérobe. Tout se joue dans un petit périmètre, au ras de la coquille. Avant d'arriver au contre-dégagement, on va commencer par un changement d'engagement, afin que les enfants prennent leurs repères sur la position du fer adverse.

* Le changement d'engagement

Je montre avec un élève : "vous allez croiser vos lames de manière à ce qu'elles soient du côté fermé. Je vais maintenant en passant ma pointe sous sa coquille aller toucher sa lame de l'autre côté (changement d'engagement) ...ensuite je reviens là où j'étais au début.. de l'autre côté (engagement de sixte). C'est moi qui donnerai le signal. Quand je dirai "top", vous irez toucher le fer de l'autre côté. Quand je dirai "revenez", vous remettrez votre lame là ou elle était."

Les élèves se placent par deux, je passe dans les rangs pour vérifier que les fers sont bien à l'engagement de sixte. Si ce n'est pas le cas, je les place moi-même. Il y a un binôme droitier-gaucher, je mets le fer du droitier à l'engagement de sixte.

Nous faisons la situation. Voir vidéo 2

* Dérober un changement d'engagement sans contact

"Maintenant, celui qui cherche le fer va le faire lorsqu'il le voudra, sans mon signal. Son partenaire à le choix entre deux solutions : soit il se laisse toucher le fer, comme dans la situation précédente, soit il décide de ne pas se laisser attraper et il passe de l'autre côté. Par contre, s'il décide de ne pas se laisser attraper, il ne faut absolument pas qu'il y ait contact de fer."

* Dérober une recherche de fer sans contact en situation d'opposition

C'est un petit jeu qui permet de travailler la situation vue ci-dessus en situation d'opposition. Les deux partenaires sont face-à-face, à l'engagement de sixte. On définit à l'avance le rôle de chacun. L'un fait la recherche de fer, l'autre doit dérober. Celui qui change d'engagement le fait quand il veut, l'autre doit être dans l'incertitude. Si celui qui cherche à engager quarte arrive à toucher le fer de son camarade, il a un point. Si celui qui doit dérober arrive à soustraire sa lame, sans aucun contact, à la recherche de fer, il marque un point.

Voir video 3 et 4

c) Effectuer une attaque par contre-dégagement (dérobement d'un changement d'engagement de l'adversaire) sans contact de lame

On reprend la situation décrite plus haut, quand un escrimeur fait des changements d'engagement et que son camarade dérobe lorsqu'il le souhaite. La différence est que cette fois ci, le contre-dégagement va se faire en se fendant.

Il est important que celui qui fasse le contre-dégagement décide du moment où il veut le faire. La synchronisation n'en sera que meilleure, c'est-à-dire passer de l'autre côté juste avant que la lame de l'autre ne l'attrape. Si ce n'était pas le cas, l'effet répétitif engendrerait rapidement un décalage et un effet de désynchronisation (le plus souvent un passage de pointe fait trop tôt dès l'amorce du mouvement de recherche de fer).

L'exercice a majoritairement été bien réussi. Un ou deux élèves ont tout de même eu un peu de mal avec cette synchronisation. Il faudra reprendre cet exercice la semaine prochaine, ils ont besoin d'un peu de temps pour l'acquérir.

Voir vidéo 5 et 6

d) Situation d'opposition sur le thème de l'attaque par dégagement (à titre d'expérimentation, c'est la première fois que je la fais)

J'ai décidé de faire cet exercice juste pour voir le résultat. C'est une variante du jeu du lion et du visiteur que nous avons vu lors de la 2ème séance. Il s'agissait alors de travailler le coup droit et l'un des deux (le visiteur) n'avait pas de fleuret. Dans cette situation, il a maintenant une arme. Il va aller taquiner le lion, un peu endormi, en lui poussant sa lame ( pression bien appuyée en quarte) . Le lion va alors se réveiller et l'attaquer...Ne pouvant aller tout droit car la porte est fermée (en quarte) il va passer de l'autre côté. Le visiteur doit alors reculer et se mettre hors distance pour ne pas être touché. Si le lion touche : 3 points. Si le visiteur arrive à éviter la touche : 1 point (c'est plus difficile pour le lion).

Voir vidéo 7

Bilan : l'avantage, c'est qu'ils ont fait de nombreux dégagements. L'inconvénient est que la tâche reste tout de même difficile pour l'attaquant, le dégagement étant encore plutôt large, ce qui laisse le temps au défenseur de réagir : soit en faisant une retraite, soit en effectant une parade de sixte comme cela a quelquefois été le cas. Je n'avais pas donné cette possibilité car c'était encore plus compliqué pour l'attaquant, ce dernier ayant un chemin plus long à faire que le défenseur. Mais je ne les ai pas empêché de le faire car la parade de sixte était tout de même la solution la plus logique.

Le scotch rouge devant indiquer "10 h 10"

Le scotch rouge devant indiquer "10 h 10"

Vidéo 1 : recherche de fer large

Video 2 changement d'engagement au signal sonore

Vidéo 3 : jeu d'opposition 1 point pour gauche si la recherche de fer touche ou 1 point pour droite s'il arrive à dérober sans contact

Vidéo 4 : même situation que la vidéo précédente

Vidéo 5 : attaque par contre-dégagement

Vidéo 6 : autre attaque par contre-dégagement

Situation d'opposition sur le thème de l'attaque par dégagement

Rédigé par Première année d'escrime

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