C'est la rentrée. Ils sont 10 entre 7 et 11 ans à débuter l'escrime cette saison. Ils vont se retrouver le samedi matin pendant une heure pour découvrir et pratiquer le fleuret. Je vais essayer mettre à jour ce blog une fois par semaine, après chaque cours, afin de faire un descriptif pédagogique de la séance.
La première séance, c'est ma préférée. C'est celle où je vais prendre en main le groupe, essayer de donner les bonnes habitudes et transmettre le goût de l'escrime. Elle est très importante.
Par où commencer ?
Les règles
Où toucher ?
Une fois les enfants habillés (j'utilise les kits escrime) nous définissons les surfaces valables et non valables. Pour s'en souvenir, c'est assez simple, il faut retenir que l'on peut toucher "partout sur la veste sauf les bras". Nous faisons de petites démonstrations : je touche un élève et je demande :
"ça vaut 1 point ici ?" (sur la jambe) "Non, ce n'est pas la veste",
"ça vaut un point ici ?" (sur le bras) "Non, c'est la veste, mais le bras ne compte pas",
"ça vaut 1 point ici ?" "oui, ça compte."
Je corse un peu la chose en mettant la pointe juste à côté de la couture de la veste au niveau de l'épaule, qui délimite la frontière entre la surface valable et non-valable. S'ils ont bien compris le principe, ils doivent répondre sans se tromper et aussi comprendre que le dos est valable, même si cela peut en étonner certains.
Le terrain
Il faut au moins que les traits de mise en garde soient placés, ainsi que les limites de fond. Nous n'avons pas une salle spécialisée, donc je mets des scotchs marron au sol avant de commencer. C'est mieux que les plots qui risquent tout le temps de valser.
Nous définissons la piste :
C'est un rectangle, comme un couloir dont on a pas le droit de sortir. On peut se déplacer en avançant et en reculant, on n'a pas le droit d'aller sur les côtés, ce n'est pas comme dans les films où ils peuvent sauter partout. Les traits au sol indiquent l'endroit où il faut se mettre en garde, on y revient chaque fois qu'une touche ou point a été marquée...un peu comme au foot quand on marque un but, on revient se mettre au centre du terrain. La ligne du fond indique la fin du terrain. Si on la dépasse, l'adversaire marque 1 point.
Ces deux dernières règles ne seront pas forcément appliquées lors de la première séance où il y a beaucoup de choses à absorber. Ce que l'élève doit retenir, lors du premier cours c'est : la surface valable "où cela vaut-il 1 point ?" et que la piste est un rectangle d'où on ne sort pas (pas le droit de se promener au milieu de la salle).
Entre le moment de la prise en main, l'habillage, l'édiction des règles et le premier assaut, il ne faut pas dépasser un quart d'heure. Et encore...Inutile de raconter votre vie, de faire l'hagiographie de nos champions nationaux ou de faire une conférence du style "l'escrime depuis la nuit des temps", ils s'en fichent, ils veulent pratiquer.
Le premier assaut
Je les place derrière leur ligne de mise en garde. Je leur donne ensuite leur fleuret. J'ai mis une pastille rouge à l'endroit où ils doivent mettre le pouce. Cela évite les tenues en bout...Aujourd'hui, on ne va pas entrer dans le détail de la tenue de l'arme. On verra la séance suivante.
Nous allons faire un salut, on le fait avant de commencer chaque combat...on monte la pointe vers le ciel, on met la coquille sous le menton et on baisse le fleuret (le faire avec eux). Vous savez où il faut toucher, donc vous pouvez compter les points. Eh bien, prêts ? Allez !
Volontairement, je n'ai pas dit "en garde". Effectivement, ils ne savent pas encore ce que c'est. Il est intéressant d'observer les comportements, les postures... Certains se mettent naturellement de profil, d'autres, s'ils sont droitiers, mettent le pied gauche devant. Certains "chassent les mouches", d'autres comprennent qu'il vaut mieux "aller tout droit". Au bout de 3 minutes, je dis "halte". Je fais poser les fleurets derrière la ligne de fond, par sécurité mais aussi pour éviter qu'ils tripotent leur arme quand on fait les explications. Ils reviennent s'assoir derrière leur ligne de mise en garde. Je demande les scores (certains auront sans doute oublié de compter) et je pose la question suivante :
Comment faut-il se tenir quand on fait de l'escrime ?
Comment faut-il se tenir quand on fait de l'escrime ? Est-ce qu'il vaut mieux se tenir comme ceci (je me mets de face) ? ou comme ceci (je me mets de profil) ?
Il est bien que les mots "face" et "profil" soient trouvés par les élèves.
Alors, il vaut mieux se tenir de face ou de profil lorsqu'on fait de l'escrime ?
Très logiquement, la plupart des élèves vont dire spontanément qu'il est préférable de se tenir de profil car on offre moins de surface valable à l'adversaire, et on lui rend la tâche plus difficile...(on se fait toucher moins facilement).
Si un élève dit "de face", il faut lui demander d'expliquer "pourquoi". Il est intéressant de connaître ses représentations, afin de les confronter avec ceux qui pensent qu'il vaut mieux se mettre de profil.
Mais c'est facile de se déplacer quand on est de profil ?
Oui, il faut se mettre de profil, mais comment se déplacer ainsi ?
Je me mets de profil, mais les pieds placés parallèles. J'essaye de marcher.
Comme ça, c'est compliqué.
Dans l'absolu, on pourrait essayer de leur faire trouver la bonne position des pieds. Mais je préfère gagner du temps.
Il faut placer ses pieds en équerre. Ainsi, on aura de la stabilité, de l'équilibre; une équerre ça tient bien une fois qu'elle est posée. Mais attention, il ne faut pas que les talons se touchent, il faut que les pieds soient un peu écartés (montrer l'exemple). Vous allez le faire, sans fleuret et sans masque, derrière votre ligne de mise en garde. Vous allez vous mettre de profil, les pied en équerre...
C'est le moment de passer dans les rangs et de rapidement redresser les postures...
Le deuxième assaut
Eh bien, maintenant, vous savez vous tenir comme un escrimeur : de profil et les pieds en équerre (je n'ai pas encore parlé du féchissement des jambes). Cette position s'appelle "la garde"... c'est la position que prend l'escrimeur pour être prêt à attaquer et à se défendre...Alors, en garde, prêt ? Allez !
Pendant l'assaut, je corrige principalement ceux qui ne se mettent pas de profil ou n'ont pas les pieds en équerre en leur rappelant ce que l'on avait dit lors du regroupement.
Au bout de quelques minutes, je dis "halte", je les fais asseoir derrière leur ligne, je leur demande les scores. Puis je pose la question suivante :
Comment se déplacer en escrime ?
Comment se déplacer en escrime avec les pieds en équerre ?
Il est intéressant de faire l'inventaire des représentations des élèves : pas chassés, sautillements, bonds, marches...et d'essayer de faire le tri en induisant le fait que les bonds et autres sautillements vont nuire à la précision car la pointe va aussi monter et descendre, et d'arriver à la conclusion que la marche est le meilleur moyen de se déplacer car elle permet de garder une pointe linéaire. Mais comme je n'ai ce groupe qu'une fois par semaine, je ne peux pas entrer dans les détails.
Si je dois avancer, est-ce que je vais d'abord avancer le pied avant ou le pied arrière ?
Montrer ce que cela donne en avançant d'abord le pied arrière (les talons se cognent). Montrer ce que cela donne en avançant d'abord le pied avant (c'est fluide).
Donc, c'est facile de s'en souvenir, quand on veut marcher, on avance d'abord le pied avant.
Et pour reculer, c'est-à-dire faire une retraite (introduire ce mot) ?
Logiquement, la majorité doit être convaincue que c'est le contraire, on recule d'abord le pied arrière.
Facile de s'en souvenir, non ? Pied avant d'abord puis pied arrière pour avancer et pour reculer, pied arrière d'abord puis pied avant pour reculer. Mais attention : il ne faut pas que les pieds se touchent.
Dernière chose : est-ce que je peux me déplacer facilement avec des jambes raides comme des bâtons ? (je montre) Il faut plier vos jambes pour vous déplacer en étant à l'aise (je montre), on dit aussi qu'il faut "fléchir les genoux".
Exercice de coopération
Vous allez vous mettre par deux, l'un va diriger les déplacements, l'autre va suivre. Si l'un fait une mache, l'autre va faire une retraite. Si l'un fait une retraite, l'autre va faire une marche.
Je passe dans les rangs, je corrige les postures (fléchissement des jambes, pieds en équerre, etc.), les déplacements doivent être bien coordonnés.
On inverse les rôles au bout de quelques minutes...
Si des enfants sont encore en garde inversée (ex. : pied gauche devant alors qu'il est droitier), ne pas hésiter à mettre un repère sur la chaussure (scotch par exemple). Lorsqu'il se mettra en garde, il devra mettre la chaussure où il y a le repère devant.
Dernier assaut
Mettez vous derrière la ligne, nous allons faire un salut, mais un beau salut...pour ce salut, on va mettre les pieds en équerre mais il faut que les talons se touchent (je montre). Pointe vers le ciel, coquille sous le menton et pointe en bas. Avancez le pied avant, sans bouger le pied arrière, pliez les jambes...Vous êtes en garde maintenant...un dernier détail, votre bras non armé doit être tenu derrière comme ceci (le montrer); ça ne parait pas mais c'est important, cela aide à vous équilibrer et à mieux être de profil.
N'oubliez pas de compter les touches, en garde, prêt ? allez !
Lors du dernier assaut, ils doivent vraiment ressembler à des escrimeurs. Les postures doivent avoir radicalement évolué depuis le premier assaut.
La semain prochaine : l'attaque : pourquoi, comment, ni trop loin, ni trop près.