08ème séance, samedi 24 novembre : incertitude en situation de coopération (2)
8ème séance
C'est la suite de la semaine dernière. En fin de séance, les élèves doivent être capables d'effectuer une situation de coopération à deux incertitudes, dans laquelle celui qui porte la touche le fait soit par coup droit soit par parade riposte. C'est tout l'intérêt de cet exercice où celui qui mène le jeu doit s'attendre à tout moment à endosser le rôle d'attaquant ou de défenseur, selon la réaction son partenaire. C'est complexe, il faut donc établir une bonne progression pour atteindre ce but. Voici les grandes lignes de celle que j'ai suivie durant deux séances :
Séance du 17.11
a) Fondamentaux : arriver à marcher en faisant des déplacements de longueurs égales
b) A distance de marche et fente, dès que Jean marche, Pierre recule. Lorsque Pierre décide de ne pas rompre, Jean se trouve à distance de fente et porte un coup droit.
c) A distance de marche et fente, dès que Jean marche, Pierre attaque par coup droit, Jean pare et riposte. Cette situation ne comporte pas d'incertitude.
Séance du 24.11
a) Fondamentaux : les mêmes que la semaine dernière, y compris la situation en vis-à-vis permettant de s'entraîner à synchroniser les déplacements : dès que l'un marche, l'autre recule.
b) Révisions : faire 5 coup droit sans déplacements en coopération et 5 parades ripostes. Ces révisions viennent après avoir constaté la semaine dernière qu'ils avaient un peu perdu la notion de la distance pendant la coupure des vacances. Comme toujours, dans ce cas là, ils se retrouvent trop près.
c) A distance de marche et fente, dès que Jean marche Pierre recule. Mais lorsqu'il le décidera, Pierre pourra attaquer Jean sur sa marche qui devra parer et riposter.
d) Situation finale : à distance de marche et fente, dès que Jean marche, Pierre a le choix entre trois possibilités : reculer, ne pas bouger, attaquer.
L'autre intérêt pédagogique de cette situation est que celui qui reçoit la touche n'est pas qu'une simple cible. Il a un rôle décisionnel important à jouer et la réussite de l'exercice dépend beaucoup de lui. C'est beaucoup plus motivant que dans une configuration classique de péda-co "maître-élève" qui va jouer sur une simple répétition de mouvements.
De plus, elle permet de redonner à la marche sa raison d'être. C'est une préparation servant à se mettre dans de bonnes conditions pour attaquer, notamment trouver la bonne distance. Elle ne fait en aucun cas partie de l'attaque dont elle doit absolument être dissociée dans les conceptions des élèves.
Détails des situations "c" et "d" de la séance du 24.11
Toute la séance est entrecoupée d'assauts avec contraintes : ne toucher le fer de l'autre que pour se défendre, avec une limite au niveau du pied arrière (pour retrouver une bonne distance de combat). Ces matchs sont courts mais assez fréquents, ils doivent rythmer une séance qui n'est pas facile et qui demande une certaine concentration. C'est en quelque sorte des moments de décompression.
Autre chose. A partir de maintenant, vous apercevrez sans doute en arrière plan, sur les images vidéo, des élèves en veste blanche. Ce sont "les invités du samedi", c'est-à-dire des élèves du groupe de pupilles confimés qui veulent bien venir participer au cours débutants. C'est sur la base du volontariat et comme ils ont tous été partants, je fais un roulement pour qu'il y en ait deux différents chaque semaine. C'est une chance de les avoir. Je peux les faire travailler avec certains débutants qui rencontreraient des difficultés lors d'un exercice ou alors appuyer et conseiller les poussins première année. C'est quand même l'avantage de l'escrime en milieu rural : ils habitent tous à moins de 5 minutes de la salle.
* L'attaque sur la marche en situation d'incertitude.
Chacun s'assoit derrière sa ligne de mise en garde. "Vous vous souvenez, la semaine dernière du travail par deux que nous avions fait ? Nous étions à distance de marche et fente...Lorsque mon partenaire marchait, je reculais immédiatement...Est-ce qu'il pouvait alors porter une attaque après sa marche ?" "Non, il était trop loin car il était encore à distance de marche et fente". "Oui, à cette distance là, on est trop loin....donc il devait encore faire une marche...mais je reculais encore...Jusqu'au moment où je ne reculais plus !" "Oui, là, il se trouvait à distance de fente et pouvait attaquer".
Il ne faut pas s'étendre trop longtemps et abuser de leur capacité d'attention limitée, mais il faut toujours leur remettre en mémoire ce qui s'est passé la dernière fois lorsqu'on fait une progression en deux séances. Refaire la même démonstration, avec les mêmes mots, permet de bien recaler la situation.
"Maintenant, comme la dernière fois, mon partenaire va marcher et je vais reculer...sauf que ce coup-ci, je vais décider de faire autre chose que de m'arrêter...je dois faire un truc différent ...quoi par exemple ?" "Attaquer !" "oui, mais je vais le faire dès qu'il va marcher ! je dois absolument prendre ma décision, c'est-à-dire reculer ou attaquer, dès qu'il lève le pied avant....Donc, vous allez vous mettre par deux...ce rang-ci marchera et ce rang-là décidera soit d'attaquer soit de reculer...Mais attention, si vous attaquez, vous le faites vraiment comme si vous voulez toucher pour de vrai, même si vous savez que vous allez être paré."
Bien sûr, la bonne réponse est venue rapidement car nous avions fait cette situation la semaine dernière sans incertitude. J'insiste bien sur le fait que l'attaque doit être faite avec réalisme. C'est un défaut récurant dans les exercices de coopération : l'attaquant, s'il sait qu'il va être paré, ne s'investit plus dans son coup droit. La remédiation à apporter serait de demander au défenseur de ne pas parer certaines attaques dans le but de vérifier que le coup droit est réaliste. Je ne le ferais pas aujourd'hui, ce serait une consigne de trop qui viendrait alourdir la situation.
Lors du regroupement, je demande rapidement à tous les binômes de faire une démonstration. Cela permet de faire ressortir des défauts généraux. Par contre, il ne faut pas que cela s'éternise. (vidéo 1 et 2)
* Attaquer lorsque son partenaire est à distance, se défendre d'une de ses attaques qui peut arriver à tout moment.
Tous les ingrédients sont là, on va pouvoir les mixer. "Maintenant, celui recule aura le choix entre trois possibilités : reculer dès que le partenaire avance, ne pas bouger ou enfin, attaquer sur sa marche."
Voir video 3 (ce n'est pas la meilleure démonstration que l'on ait eu mais c'est la seule prise de vue que j'ai faite de cette situation).
La semaine prochaine, nous verrons le passage de pointe pour la première fois.
VIDEO 1
VIDEO 2
VIDEO 3