03ème séance, samedi 29 septembre : l'attaque (deuxième partie)
C'est la troisième.
Après l'échauffement, nous faisons la première séance de fondamentaux. On fait simple aujourd'hui, il va s'agir de fixer les automatismes concernant la coordination des déplacements. De plus, la disposition en ligne des escrimeurs va permettre au maître d'avoir une vision plus globale de ses élèves. Je vais insister sur la flexion des jambes (comme vous pourrez le voir sur les vidéos en fin de page, c'est pas encore gagné !), la position des pieds en équerre. Pour aujourd'hui, on se contente de "marche et retraite". Je précise que quand je dis "marche" ou "retraite", il faut le faire une fois. Quand je sens que le groupe arrive à bien coordonner les déplacements (pied avant - pied arrière pour marche, le contraire pour la retraite) je complexifie. "Deux marches, une retraite", "deux retraites, une marche" etc. Pour aujourd'hui, je ne demande pas de faire d'attaque, elle a encore besoin d'être vue en situation de face-à-face. Je termine par un "maître a dit". Ce jeu se prête bien à cette situation, nous ne le referons pas avant longtemps...c'est à dire les veilles de vacances pour s'amuser. D'ailleurs, on peut le faire aux mêmes dates avec les confirmés, côté rigolade ça marche toujours mais on n'y apprend pas grand chose, sauf à la rigueur si on fait de la baby escrime.
Les fondamentaux sont un moment important de la séance d'escrime. Il faut les varier, ne jamais faire deux fois les mêmes au moins dans un intervalle d'un mois. On peut utiliser différents signaux : visuels ou sonores par exemple. Il faut qu'ils soient faits dans le silence et la concentration. C'est contraignant, pas drôle, et les élèves n'aiment pas toujours. C'est pour cela qu'il faut qu'ils prennent de bonnes habitudes dès le début.
La séance
Nous commençons par un assaut, les élèves doivent compter les points. J'insiste de plus en plus sur la position de main : je leur demande de mettre les ongles plutôt vers le ciel et de placer la pointe vers les yeux de l'adversaire. Placer sa main dans l'espace n'est pas chose facile pour un débutant, les repères sont plus difficiles à donner que pour les pieds. La tenue de l'arme, comme la coordination bras-jambe, va contre le naturel. On ne se saisit pas d'objet, dans la vie de tous les jours comme un tient un fleuret : en supination. Les sabreurs n'ont peut-être pas ce problème.
Révision
L'attaque par coup droit : toucher en étant à distance.
Je reprends la situation de la semaine précédente. Rapidement, je précise que c'est une révision. Je fais rappeler par les élèves les trois critères qui permettent de savoir si l'attaque est bien exécutée "à distance" : 1) ça touche - 2) le bras est allongé - 3) la lame n'est pas trop pliée.
Je redonne les petits cerceaux pour faire la cible. Je dirige : "nous allons faire un premier coup pour que vous voyiez si vous êtes à distance ou non : 1) allongez le bras - 2) attaquez - 3) ne bougez plus."
Les élèves doivent rester fendus, qu'ils aient touché ou non. Cela permet de voir s'ils sont à bonne mesure. Dans l'ensemble, ça va. Je fais remarquer à ceux qui sont un peu limite de revenir en garde et d'ajuster leur distance en avançant ou reculant un peu.
"Nous allons le faire 4 fois et 4 fois vous devrez être à distance".
Je le fais faire 4 fois en reprenant les mêmes commandements que plus haut.
Pour cette révision, je préfère travailler au commandement : j'ai une vision globale du groupe et cela me permet de repérer très vite les défauts sur l'ensemble des élèves. De plus, comme il s'agit d'une révision, c'est aussi un moyen de ne pas perdre de temps. Ils commencent ensemble et finissent ensemble.
Assaut.
L'attaque à bonne distance sur la marche de l'adversaire
Pour l'instant, lors de tous les exercices que nous avons fait sur l'attaque, un seul des deux avait un fleuret. Nous poursuivons cette logique. Effectivement, lors des premières séances, les élèves seraient trop tentés de frapper le fer du partenaire de manière intempestive, par maladresse, crainte ou mauvais réflexe. Le fait qu'un seul ait un fleuret empêche ces mouvements parasites et permet aux exercices de coopération de mieux se dérouler.
Voici la première situation. C'est une situation de coopération qui va évoluer vers de l'opposition.
Le lion et le visiteur
En coopération
J'explique aux élèves assis : "l'un d'entre vous sera un lion, l'autre le visiteur. Le lion est en fond de piste. On lui a attaché le pied arrière avec une chaîne, ce qui fait que ce pied arrière ne peut pas dépasser le trait (en fait la ligne de fond de piste). Un visiteur, avec masque et sans fleuret, va se rapprocher pour le voir de plus près. Le lion étant agressif, il attaquera le visiteur dès qu'il sera à sa portée, c'est-à-dire à distance. Il ne faut pas que le lion l'attaque quand il est trop loin, et il ne doit pas attendre non plus qu'il soit trop près".
Comme vous pouvez le voir sur la vidéo, cet élève dissocie de lui même le mouvement de l'attaque : le bras s'allonge d'abord et les jambes partent ensuite. Evidemment, une attaque bien faite doit s'exécuter en un seul temps, sans moment d'arrêt. Cependant, lors des premières séances, je trouve intéressant que le départ du bras se fasse bien avant les jambes, quitte à ce qu'il y ait une décomposition exagérée. Il faut que le jeune escrimeur intègre le plus tôt possible que c'est "le bras d'abord". Il faut vraiment quelques années d'escrime pour faire partir "main - pied" au même moment et faire en sorte que le bras aille plus vite que la jambe avant.
En opposition
Pour la première fois, la notion "d'attaque- défense" va entrer en jeu.
Voila ce que je dis : "cette fois-ci, le visiteur ne va plus se laisser faire. Il a compris que le lion était agressif. Mais il est quand même curieux, il veut voir le lion de plus près. Que pourrait-il faire pour ne pas se laisser toucher ?" La réponse est logique :" il pourrait reculer pour éviter la touche". Je fais la démonstration avec un élève. Il est le lion, je suis le visiteur. Je montre les deux possibilités : soit je suis touché, soit j'évite la touche en reculant. Il faut préciser que le visiteur doit jouer le jeu et se rapprocher suffisamment (ne pas rester trop loin) et que le lion doit attaquer dès qu'il sent qu'il est à bonne distance : ni trop loin ni trop près. Je précise bien que la tâche sera plus difficile pour l'attaquant que pour le défenseur. J'insiste sur le fait qu'il ne faut pas se décourager si l'on ne touche que deux ou trois fois. On peut aussi attribuer 3 points à l'attaque qui touche et 1 point au défenseur qui arrive à éviter la touche (survaloriser l'attaque).
Ce qui est intéressant dans cet exercice, c'est qu'ils vont déclencher beaucoup de fentes, en situation d'opposition, avec un repère pour ne pas (trop) bouger le pied arrière. Repère qu'ils n'ont pas lors d'un match "classique". Des problèmes d'équilibre vont forcément apparaitre chez certains (voir vidéo). En situation de coopération, quand l'autre veut bien se laisser toucher, on est dans un certain confort et les mouvements sont mieux exécutés. En situation d'opposition, il y a d'autres paramètres à gérer, un peu de stress et les défauts ressortent. L'escrime c'est l'opposition et non la coopération, même si cette dernière n'est pas à négliger comme outil de travail. Je passe dans les rangs pour donner des consignes à chacun sur les postures, l'exécution de l'attaque afin d'essayer déja de corriger les défauts.
Le combat des deux lions
C'est la première situation d'opposition ou les deux escrimeurs ont un fleuret à la main. J'explique : "maintenant, vous êtes deux lions, votre pied arrière est toujours attaché, aucun des deux adversaires n'a le droit de dépasser les traits (faits au scotch marron) avec le pied arrière".
Le truc c'est de placer rapidement les scotchs au sol suivant la taille des escrimeurs. Ils doivent être à peu près à distance de fente, le trait se trouvant entre les deux pieds lorsqu'ils sont en garde.
Je précise, et c'est important : "vous n'aurez absolument pas le droit de toucher le fer de l'adversaire ! C'est rigoureusement interdit !"
Ainsi, ils ne pourront aller que tout droit et tout mouvement parasite fait avec la lame sera supprimé. Donc, ils devront marcher pour se rapprocher, reculer pour éviter la touche et, par l'obligation qu'ils ont de ne pas dépasser la ligne avec le pied arrière, être obligés de se fendre pour aller toucher. Evidemment, la question va se poser, ça va arriver forcément, maintenant qu'ils ont un fleuret chacun : mais qu'est-ce qu'on fait quand on touche ensemble ? "Si vous touchez ensemble, c'est le premier qui a attaqué qui aura le point ! C'est normal, c'est lui qui a pris le risque, il faut bien le récompenser !" Notez que je n'ai pas parlé de l'allongement du bras qui donne la priorité ! J'y ai renoncé parce que ce sera invalidé dès la première compétition à laquelle ils vont participer. Donc je vais simplement leur dire qu'il faut allonger le bras car on a plus de chance de toucher...Qu'attaquer bras court, c'est se découvrir, que ça peut être dangereux...Mais je ne leur dirai pas qu'il donne priorité ! De toute façon, l'apprentissage que je propose à pour but de les ammener plus tard vers l'épée. Là, ils vont vite comprendre pourquoi c'est mieux d'allonger le bras allongé...
Les matchs sans le fer ont l'avantage de clarifier les "phrases d'armes". Même débutants, ils sont capables de déterminer celui qui attaque en premier. Avec ce qu'ils se sont mangés comme attaques, depuis la séance précédente, en coopération ou opposition, ils savent maintenant quand ils en font une. Pendant les assauts, je passe parmi les escrimeurs. En cas de touche double, je demande : "qui a attaqué en premier ? Pour qui le point ?" (voir vidéo).
On termine avec un match en 3 touches avec le même principe : pas de fer et terrain limité.
Voila, c'est tout pour aujourd'hui.
La semaine prochaine, nous ferons un exercice sur : garder la distance lors de déplacements puis attaquer sur la marche de l'adversaire. Ensuite nous ferons une poule en gardant les mêmes contraintes que ci-dessus. Cela nous permettra d'aborder l'arbitrage.
Le jeu du lion et du visiteur en situation d'opposition
Le jeu du lion et du visiteur : terrain limité et sans contact de fer.
Qui c'est...qui c'est qui a attaqué en premier là ? trèèèès bien !