04ème séance, samedi 06 octobre : la priorité à l'attaque

Quatrième séance.

Les fondamentaux

Après l'échauffement, nous commençons les fondamentaux. Je débute par un petit exercice sur la posture de la garde.

Les élèves sont pieds-joints et, au signal, ils doivent rapidement se mettre garde. Il faut qu'ils tombent dans la bonne position, les pieds en équerre, les genoux fléchis, le bras arrondi derrière. Si ce n'est pas le cas, je leur demande de s'auto-corriger. C'est un autre moyen de continuer le travail de fixation des postures. On continue par des marches et des retraites, elles sont maintenant bien coordonnées. Pour la première fois, sans que les élèves aient quelqu'un en face, je leur demande d'allonger le bras et d'attaquer. C'est plutôt pas mal, notamment au niveau de la position du pied avant. Si on avait appris les déplacements en ligne, comme cela se faisait encore il y quelques années, les élèves auraient eu beaucoup de mal à exécuter une attaque correcte car celle-ci aurait été déconnectée de toute notion de distance. On aurait alors vu les escrimeurs débutants se pencher en avant sans avancer le pied ou l'avancer insuffisamment, ce qui aurait entraîné un basculement du buste. Le fait d'avoir corrélé l'apprentissage de l'attaque avec la distance fait maintenant que le pied avant se place bien lors de l'offensive, le genou fait un angle correct et le buste est plutôt bien droit, tout ceci renfonçant l'équilibre. Aussi, le fait d'avoir travaillé avec le petit cerceau servant de repère a favorisé un allongement du bras et une position de lame parallèles au sol.

On fait quelques "marche + fente", on en aura besoin pour l'exercice de coopération qui va suivre. Je différencie "marche + fente" qui correspond à : une marche, nécessaire pour gagner la distance suivie d'une fente de "marche et fente", qui relève d'une pratique plus experte, liant la fente à la marche, l'allongement du bras se faisant sur la pose du pied arrière.

On commence à travailler le retour en garde, casser la jambe arrière et pousser avec le talon. Il faut revenir en garde en une seule fois.

Exercice de coopération : la grande distance

Je leur donne la consigne suivante : "il faut que vous vous placiez face à votre partenaire, à bonne distance, de manière a n'avoir besoin que d'une marche et d'une fente pour aller le toucher. Une marche et une fente, pas plus, pas moins."

Un volontaire vient essayer. Le premier coup, il est trop loin, il ne touche pas. Il se remet en garde en se rapprochant un peu plus. Il fait une marche, mais lorsqu'il attaque, sa lame est beaucoup trop pliée, l'un des trois critères de la bonne distance (voir séances précédentes) n'est pas respecté.

La plupart du temps, c'est la marche qui est trop grande. Tous les débutants craignent d'être trop loin et se retrouvent trop près. Ce qui rend la notion de distance difficile à acquérir en escrime, c'est la longueur de la lame. On touche avec une pointe qui est éloignée de quelques dizaines de centimètres de la main. Or, le cerveau du débutant n'a pas encore intégré la longueur du fleuret. Pour lui, la bonne distance, c'est celle de la main.

Je lui demande donc de recommencer, je le remets exactement à l'endroit où il était. Je demande aux autres escrimeurs du groupe de bien observer. L'attaquant est encore trop près. Je demande au groupe : "en partant de là où il était, qu'est-ce qu'il pourrait faire cette fois-ci pour ne pas être trop près ?" "Il doit faire une marche plus petite".

L'attaquant recommence en suivant le conseil du groupe, l'attaque est cette fois-ci à distance. J'en profite pour poser la question : "comment se remettre à distance de marche + fente une fois que l'on est revenu en garde ?" "En faisant une retraite !"

Cet exercice permet de comprendre l'utilité de la marche : se rapprocher pour pouvoir être à distance et attaquer. En clair, elle sert à préparer l'attaque. La grande distance, elle va être le point de départ de nombreuses situations (que nous verrons bientôt) permettant de travailler le traitement de l'information, car, lors d'une marche, il peut se passer beaucoup de choses.

Voir les vidéos correspondant à cet exercice plus bas.

Introduction de la convention : matchs sans le fer, priorité à l'attaque

Je garde la dernière demi-heure pour partager le groupe en deux poules. Mais attention, les matchs vont se faire sans le fer, avec des contraintes d'espace bien définies. Ainsi, ils ne pourront utiliser que la marche (pour gagner la distance), la retraite (pour se défendre) et l'attaque (pour aller toucher).

La contrainte de l'absence de contact de lames

Cette forme d'assaut épuré, privé de tout contact de fer, va permettre aux tireurs de s'identifier plus rapidement en qualité d'attaquant ou de défenseur, et de ce fait ils se rendront compte plus facilement, en cas de coup double, s'ils attaquent en premier, s'ils attaquent dans l'attaque ou s'ils allongent simplement le bras sans attaquer (contre-attaque). Dans un assaut traditionnel (avec fer), ces identifications seraient beaucoup plus difficiles à faire, compte tenu des mouvements de lame parasites que cela engendrerait : ils ne savent pas encore pourquoi et comment utiliser le fer et il y aurait encore trop de gestes larges, supposés écarter le fleuret adverse qu'ils voient comme une gêne. Dans les conditions de l'assaut sans fer, la pointe reste dans l'ensemble placée sur la cible.

La contrainte d'espace

Chaque tireur dispose de deux traits espacés de quelques centimètres qui matérialisent son camp. Avec le pied arrière il ne peut pas dépasser la première ligne, ce qui va l'obliger à déclencher des fentes et il n'a pas le droit de dépasser la deuxième ligne avec les deux pieds (comme une ligne de fond classique) ce qui l'empêchera de reculer trop loin et d'être trop souvent hors-distance.

Nous avions déjà fait des combats semblables en fin de séance, la semaine dernière. Je rappelle les règles : "vous n'avez pas le droit de toucher le fer de l'autre, en aucun cas. Chaque tireur a deux traits au sol. Votre pied arrière ne doit pas dépasser le premier et si vos deux pieds dépassent le deuxième trait, il y aura touche pour l'adversaire. Si vous touchez ensemble, c'est celui qui a attaqué en premier qui a le point, il a priorité car il a pris le risque d'attaquer et attaquer c'est se fendre (bien insister la-dessus)". Si vous attaquez ensemble et touchez ensemble, il n'y a pas de point"

J'insiste sur la situation suivante : "un tireur attaque et touche à la jambe, l'autre attaque juste après et touche valable. Pour qui le point ?" La majorité répondra : celui qui a touché valable. Effectivement, cette situation peut paraître peu évidente pour un débutant : que l'on donne l'avantage à celui qui a "raté son coup".

Je fais venir deux tireurs pour la démonstration qu'il faut faire durer au moins jusqu'à ce qu'il y ait un coup double !

Je les répartis en deux poules, en tenant compte de l'âge. Pour cette première poule, je ne les laisse pas en auto-arbitrage. J'ai demandé à deux pupilles confirmés (4ème année d'escrime) de venir les arbitrer. Leur expérience va permettre aux débutants de prendre quelques repères au niveau des commandements (saluez-vous, en garde, etc.) et de la tenue d'une feuille de poule. De plus, les conditions d'attribution de la touche restent encore complexes pour des escrimeurs dont c'est la quatrième séance. Je préfère qu'ils aient le référent de tireurs plus aguerris. Ainsi, cela me permettra de ne pas avoir à intervenir sur ces points là. Donc, je pourrais aller d'un groupe à l'autre afin d'observer les enfants et surtout les inciter à dire qui a priorité en cas de coup double.

Lors des assauts, on peut commencer à voir une approche tactique de la part de certains : notamment attendre l'attaque adverse pour faire tomber dans le vide puis attaquer sur le retour en garde. Toutefois, dans ce genre de matchs "avec contraintes", voici les quelques inconvénients que l'on peut observer :

- les tireurs n'osent pas s'engager et restent loin : je les encourage à avancer, à prendre des risques, à se rapprocher.

- les tireurs ont le réflexe de parer : il faut accorder la touche à celui qui a attaqué, en disant toutefois au défenseur que ce n'est pas bête de se défendre avec son arme, on le verra très prochainement, mais qu'aujourd'hui, on ne doit pas toucher le fer de l'autre.

Jusqu'à présent, la retraite a été le seul moyen de se défendre. La semaine prochaine nous verrons : comment se défendre avec son arme.

VIDEO 1, 2 et 3 : exercice de coopération

VIDEO 4, 5, 6, 7, 8 et 9 : assauts avec contraintes

Video 1

Vidéo 2

Vidéo 3

Vidéo 4

Vidéo 5

Vidéo 6

Vidéo 7

Rédigé par Première année d'escrime

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